La controverse de l’ “accompagnement”

( Par Armand Stroh, candidat de l’ équipe “Continuer et Développer” )
25 septembre 2021

La controverse de l’ « accompagnement »

Les concurrents – adversaires de la liste « CRD » et de la liste des « Candidats libres » sont à la recherche d’une « identité de groupe » suffisante pour justifier une « opposition critique » qui ne repose pas uniquement sur la volonté d’occuper les fonctions « administratives » de l’association à la place du noyau historique lié aux « fondateurs de l’ association » , mais sur de véritables différences d’interprétation des objectifs statutaires communs ( qu’ils ont eux-mêmes signés en adhérent à l’ association ).

Pour cela ils pensent avoir trouvé un « cheval de bataille » qui puisse mobiliser des adhérents électeurs de base en leur faveur, en suscitant ce que j’appelle ici la « controverse de l’accompagnement », c’est à dire la prétention que l’équipe du C.A. actuellement en fonction et qui compte en son sein les deux principaux « membres fondateurs » de l’association, aurait abandonné ou du moins réduit l’objectif de l’ « accompagnement » pour donner la priorité à l’objectif de transformation juridique de la législation française qui bloque depuis des années, voire des décennies, la possibilité légale d’une mort douce par absorption de pentobarbital de sodium.



1. De quel « accompagnement » parle-t-on ?



– Deux dimensions de cet « accompagnement » alimentent les conflits sous-jacents :

1.1. Les circonstances judiciaires qui depuis le 15 octobre 2019, date des premières perquisitions, suite à une enquête internationale et nationale qui se déroule à l’insu de l’association depuis juillet 2018, contraignent l’association à repenser ses pratiques et la communication sur ces pratiques, et donc ce que serait la spécificité de l’ « accompagnement U.L. »

1.2. Un conflit plus ancien et plus profond, interne à l’association, sur la nature de l’accompagnement et du type de « formation » qui est supposée nécessaire pour les « accompagnants ».

Le lien entre ces deux dimensions est souligné par l’insistance des enquêteurs judiciaires sur le fonctionnement de cette supposée « formation » et de son degré de formalisation explicite dans des documents qui ont pu circuler ( appelons ce sous-problème la « controverse des fiches » ), car pour les enquêteurs initiaux et pour la procédure d’instruction en cours, c’est une base importante possible pour étayer la notion de « complicité » dans l’acquisition, l’importation et la détention du pentobarbital de sodium, alors même que ces « accompagnants » eux-mêmes n’ont pas nécessairement été auteurs de ces actes réprimés par la loi sur les stupéfiants.



2. La supposée “priorité” de l’ “accompagnement”

A supposer que l’on puisse être suffisamment au clair et en accord sur le sens du mot « accompagnement » dans l’ association, croit-on réellement que les pratiques de l’ « accompagnement » et leur pérennité à moyen et long terme puissent se passer de la référence à l’objectif et au processus général de légalisation qui est particulièrement souligné dans les 3 grands objectifs statutaires, présents depuis la fondation de l’association, et récemment précisés par l’ adoption des nouveaux statuts de 2020, et que, pour notre part, dans la liste « Continuer et Développer » héritière des C.A. précédents, nous ne cessons de rappeler à ceux qui ont tendance à oublier ce qu’ils ont eux-mêmes signé en adhérant à l’association ?

Il est donc nécessaire de repenser cette notion conflictuelle d’ « accompagnement », à la fois pour prendre en compte la nouvelle situation judiciaire qui depuis le 15 octobre 2019 ajoute une nouvelle contrainte sur le fonctionnement de l’association et pour clarifier ce que nous pensons à l’intérieur de l’association sur le devenir de ces pratiques d’ « accompagnement » dans le cadre d’un changement souhaité du statut de légalité de l’ensemble de ces pratiques.

Car c’est seulement en devenant capables de défendre la légalisation possible d’un cadre d’ « accompagnement » d’un « suicide assisté légalisé », que nous pouvons justifier aux yeux des citoyens français et plus largement européens ou des « citoyens du monde », que nous ayons ainsi « devancé » une loi future, en termes de « désobéissance civile », à la manière dont les pratiques d’ avortements clandestins ont pu, à leur époque, précéder la légalisation de l’ « IVG » et doivent continuer de le faire dans un certain nombre de pays … et se battre en France pour le maintien de leur légalité ou de l’ extension de cette légalité ( comme le combat actuel pour étendre le délai de l’ avortement légal de 12 à 14 semaines ).

Qui pourrait sérieusement prétendre que dans ce combat historique pour la légalisation de l’ IVG il a fallu choisir un « ordre de priorité » entre les pratiques illégales de certains militants et les revendications militantes de légalisation ?

Il est pour nous facile de comprendre que le choix de telle ou telle forme d’engagement militant ou de la combinaison entre pratique consciemment illégale et combat pour la légalisation ne saurait constituer un choix collectif contraignant, mais doit être et rester sous le pur contrôle de la liberté individuelle de chaque personne militante, qui adapte sa forme d’engagement à ses propres possibilités personnelles locales.

Ceux qui aujourd’hui essayent d’opposer des « courants » dont les uns seraient en faveur d’une « priorité à l’accompagnement » ( sous-entendu : « priorité à l’action illégale » ??? ) et d’autres en faveur d’une unique voie politique de légalisation, montrent qu’en réalité ils n’ont pas compris le principe de libre engagement qui pourtant est un principe fondamental de la « Charte des accompagnants » .
Il est vrai que cette Charte a été, pour des raisons faciles à comprendre, et reste en partie inconnue de l’ensemble des adhérents, puisqu’il s’agit essentiellement d’un texte de régulation de l’action des « accompagnants » par les « accompagnants » pour les « accompagnants » .


Tous les adhérents peuvent et doivent cependant savoir que tout « accompagnant UL » s’engage :


A ) A respecter les positions et opinions des personnes « accompagnées » et à ne pas interférer avec leur volonté personnelle de choix de leur fin de vie par une quelconque pression ou influence d’ “autorité”.
Du fait même de l’engagement à « Ultime Liberté », le respect de la volonté propre de la personne concernant sa fin de vie en découle : Si on n’est pas d’accord avec ce principe, on ne vient pas à Ultime Liberté et on ne cherche pas, encore moins, à s’engager dans l’ « accompagnement UL » !

La réciproque de cette reconnaissance de la liberté de choix de la personne sur sa propre mort, est que tout accompagnant UL peut lui-même choisir personnellement de répondre ou non aux demandes qui lui sont adressées et en particulier d’apprécier totalement librement le degré de risque juridique qu’il est prêt à prendre ou pas, dans sa pratique personnelle d’accompagnant.
Il est hors de question que la personne « accompagnée » puisse prétendre exercer une quelconque pression sur l’association ou des accompagnants pour obtenir une « aide », sous prétexte qu’elle a adhéré à l’association et qu’elle croit faussement qu’une telle « aide » lui serait « due ».

Cette reconnaissance mutuelle de la liberté individuelle la plus grande possible compatible avec l’égale liberté des autres, vaut donc aussi bien pour les rapports « accompagnants / accompagnés » que pour les rapports entre accompagnants, et est au fondement de notre association.

Les « groupes locaux d’ accompagnants » sont donc des lieux où chaque accompagnant peut exprimer ses propres sentiments ou remarques, s’il le désire, devant les particularités des situations vécues, sans aucune pression non plus des autres, évidemment avec la condition réciproque qu’il ne cherche pas lui-même à exercer de pression sur la conduite des autres, sauf si ceux-ci tentent d’en exercer une … en prétendant imposer leur propre conception.

B.) Concernant les risques pris en matière de légalité, à respecter le principe que :

– Tout ce qui est actuellement légal peut être proposé au nom de l’association Ultime Liberté
( si cette proposition est par ailleurs conforme aux objectifs statutaires de l’association )

– Tout risque pris avec la légalité est endossé sous la seule responsabilité consciente, à la fois éthique et juridique , de la personne accompagnante pour sa part d’ « accompagnement », et bien sûr prioritairement par la personne « accompagnée » elle-même, le plus possible, pour les actes qu’elle est amenée à poser par sa propre volonté, et dont elle doit mesurer les conséquences juridiques possibles.

-Étant donné, comme le prouve l’actuelle solidarité de l’association à l’égard des personnes poursuivies et qui acceptent le principe de cette défense commune, que l’association assure aux accompagnants s’engageant dans l’ entraide active, le soutien moral et le financier juridique sans endosser à la place de ces personnes une responsabilité juridique qui est intrinsèquement liée à leur engagement personnel et non à une quelconque “décision collective” qui primerait sur la responsabilité personnelle.

Il s’agit donc en tout état de cause, pour un adhérent d’ Ultime Liberté, de la reconnaissance réciproque d’une autonomie personnelle fondamentale, que l’on soit mis par les circonstances dans une situation d’ « accompagnant » potentiel ( dans la fonction d’ « accompagnant UL » ou dans celle de souhaiter « accompagner » des proches ou d’autres personnes dans la vie ordinaire ), ou dans celle d’avoir à demander à d’autres, comme « accompagné », une certaine acceptation de sa propre décision de mourir en toute « autonomie personnelle » et dans certains cas d’une « aide » ou d’une « assistance » de leur part, lorsque ses propres capacités et ressources personnelles deviennent défaillantes.

Une telle reconnaissance morale réciproque de l’autonomie personnelle, fait partie des possibilités « éthiques » de cette autonomie personnelle elle-même, et ne saurait donc être « imposée par la contrainte » par aucune « décision collective souveraine» :

Certaines personnes choisiront donc de reconnaître l’ « autonomie personnelle » d’autres personnes tout autant qu’elles se reconnaissent la leur en propre, en toute « autonomie personnelle » précisément.
( C’est notamment mon choix personnel réalisé en toute « autonomie personnelle » ).
Une telle reconnaissance n’étant alors pas « inconditionnelle », mais précisément conditionnée à la libre réciprocité d’une telle reconnaissance. ( Ce qu’à titre personnel j’appelle « principe d’ Égale Liberté Libre Égalité » :
Je ne me dois de reconnaître l’ «autonomie personnelle » qu’à des personnes prêtes elles-mêmes à reconnaître la mienne et celle de toute autre personne faisant le même libre choix autonome de sa propre “autonomie personnelle”.

D’autres choisiront de privilégier leur propre « autonomie personnelle » sans se soucier de la possibilité d’autres personnes à exercer leur propre « autonomie personnelle » … et ne devront pas s’étonner du fait que d’autres fassent comme elles et viennent en conflit, éventuellement vital, avec leur propre revendication d’ « autonomie personnelle » non réciproque.

D’autres enfin choisiront de ne pas reconnaître l’idéal et la valeur de l’ «autonomie personnelle» en général, et prétendront qu’en tout état de cause, l’ «autonomie personnelle» ( la leur et celle des autres personnes ) doit être strictement « encadrée » par un principe supérieur ( donc une « hétéronomie » ), dont la justification éthique ne saurait être que « collective » ( avec toute la variété des « collectifs » en conflits ) ou imposée par une « autorité transcendante » de type « patriarche divin » ou « « terre mère nature » ou par une prétendue lutte collective pour la survie de l’ « Humanité » ( de quelle « Humanité » veut-on parler ? )
Bref les variantes de l’ « hétéronomie » sont aussi nombreuses que les prétentions de leurs adeptes à exprimer à travers leur propre personne la « volonté » même de cette « transcendance » ou la « voix de la Nature » ou de l’ « Humanité » dont ils prétendent avoir la « conscience profonde » …

– En participant à la fondation de l’association Ultime Liberté, et en défendant la « Continuité et le Développement » de cette fondation, je continue et je propose le développement permanent de cet idéal d’autonomie personnelle réciproquement reconnue dans tous les domaines et problématiques « éthiques ».

– En particulier donc, l’existence et le développement dans le droit européen actuel de l’expression « autonomie personnelle » et son usage actuel dans le jugement de la Cour fédérale allemande du 26 février 2020, en liaison avec celle de « mort auto-déterminée » ( « sebstbestimmtes Sterben » ), me confortent dans l’idée qu’un tel idéal n’est pas uniquement un libre choix personnel issu de ma propre « autonomie personnelle », mais PEUT devenir, librement, une référence juridique commune par et pour toutes les personnes qui ne veulent plus se contenter des aléas de leur propres ressources personnelles, mais veulent mettre en commun les moyens juridiques et politiques de défense de leur « autonomie personnelle » librement choisie comme idéal commun.
En particulier en France, une telle « autonomie personnelle » devrait être reconnue dans tous les problèmes dits « de société », mais qui sont en fait des problèmes de choix de valeurs et d’idéaux, et qui dans une République laïque devraient être laissés au simple encadrement par les valeurs « républicaines » de « Liberté, Égalité, Fraternité » et bien sûr de « Laïcité » et non par des références à diverses allégeances idéologiques du passé culturel de ce pays … ou de certains de ses citoyens.

C’est bien en ce sens que je salue également l’initiative récente ( 22 septembre 2021 ) de l’association suisse Dignitas, de poser aux instances politiques et juridiques françaises la question de la constitutionnalité de leurs propres lois restrictives de l’autonomie personnelle par rapport aux fondements constitutionnels de la République Française.

C’est dans cet esprit également que j’aborde la perspective d’un procès éventuel intenté aux personnes mises en examen à l’occasion de l’ « affaire du Nembutal » et dont j’ai l’honneur de faire partie.

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